1ère
IMPRESSION
La veille, nous sommes partis de Kathmandu à 19h30 pour Sanauli, à la frontière entre les
2 pays. Nous y arrivons à 5h et patientons 1 heure dans un restau avant de pouvoir passer
à pied la frontière qui ouvre à 6h. Nous changeons un peu d'argent indien dans une sorte
d'arrière magasin où se trouve un brun moustachu assez désagréable. Nous embarquons
dans un bus pour Varanasi à 9h. Les montagnes, c'est fini, ici tout est plat, nous sommes
dans la plaine. Nous déjeunons de notre premier Thali (riz, galette de pain et currys de
légumes, délicieux pour 3 FF) dans un boui boui au bord de la route, avec quelques rats
qui courent ça et là.
Les toilettes sont communes et situés derrière le mur arrière du restaurant, sensation bizarre
de baisser la culotte tous ensemble…
Nous assistons à notre premier coucher de soleil, typique du reste de l'Inde du Nord, hyper
rouge, incroyable, à 5 heures de l'après midi. Vraiment impressionnant, le soleil paraît
gigantesque.
Arrivée à Varanasi en début de soirée, il fait déjà très sombre. Nous courons pendant 1 heure
dans les sombres ruelles du Chowk derrière un commissionné qui a pris les choses en main.
Heureusement qu'il est là ceci dit car il est impossible de se repérer. Il ne s'agit pas de perdre
sa trace car il porte un de nos sacs. On se croirait dans un bazar d'Afrique du Nord, les bouses
de vaches et les vaches qui nous barrent le passage en plus. On meurt de chaud dans nos
polaires. Nous finissons excédés dans une chambre minuscule qui donne sur le Gange sacré,
nous entendons le bruit des singes qui courent sur le toit.
TRANSPORT
11 fevrier. Nous sommes à la gare routière de Pondichery. C'est l'anarchie.
Cette gare dispute avec celle de Trivandrum le trophée de la gare la plus
bordélique (compétition très relevée). Les panneaux d'information (rares)
sont écrits en nouilles (tamoul). Les indiens s'y retrouvent à grand peine.
Pour nous, c'est encore plus amusant. On nous envoie d'un guichet à un
autre. Finalement, on obtient une réservation pour deux places dans un bus.
Sur les 4 cm2 du ticket ne figure que l'horaire. Pas de numéro de bus ou de
quai. Normal, il y a 10 fois plus de bus que de quais. On demande à
plusieurs personnes ; les gars ne savent rien mais nous répondent pour nous
faire plaisir. On reste près d'une famille d'indiens qui doit prendre le
même bus que nous.
Pour l'attente, on a le choix entre le plein cagnard et l'ombre au cul des
bus, pour profiter au max des gaz d'échappement (les moteurs sont toujours
en marche, on ne sait pas pourquoi. Ça n'est pas pour faire fonctionner la
climatisation, il n'y en a pas.). Après une petite attente, on nous indique
un bus qui sort déjà de la gare après avoir fait le plein de passagers. On
court pour le rattraper avec nos gros sacs à dos. La famille indienne nous
suit. La femme court avec ses 12 enfants dans les bras. Arrivés à bord, les
gens nous disent que notre bus, c'est le suivant, sans même avoir vu notre
réservation ! On est d'accord, le bus est bondé, mais on a connu pire et eux
aussi. On ressort et on entre par l'autre porte à l'avant. Ben prend sa
place numérotée, à coté d'un homme brun et moustachu. Le premier siège à
l'avant est cassé. On y dépose nos sacs et je m'assieds dessus d'une fesse.
De la, j'ai tout loisir d'observer le paysage et le chauffeur qui se bat
avec sa machine.
On est dans un vieux bus de la marque indienne TATA. Ces bus doivent être
vendus en pièces détachées pour la plupart. Le notre, par exemple, a été
vendu sans tableau de bord. Le chauffeur s'en est fabriqué un beau,
personnalisé, dont Citroën ne serait pas peu fier. En contreplaqué et
matériaux de récupération. Il a un bel aspect patiné. Sa couleur lui est
donnée par plusieurs couches : la première de peinture vert pomme, les
suivantes d'huile et de cambouis. Enfin, une fine pellicule de poussière et
de terre ocre vient marbrer ce bel ensemble.
Le klaxon est avec la roue l'invention qui a le plus fait pour le
développement des transports en Inde. Tous les chauffeurs en usent
abondamment pour indiquer qu'ils vont doubler, qu'ils voudraient doubler,
qu'il ne faut pas que le véhicule à l'arrière tente de doubler. Il sert a
faire peur aux véhicules plus petits qui roulent devant. Pendant les
dépassements, on klaxonne pour que les vélos, motos, passants et cochons
libèrent le passage en se jetant sur le bas-côté. Les chauffeurs de bus
klaxonnent sans arrêt dans les villes pour attirer l'attention d'éventuels
clients. Enfin, quand il n'y a vraiment aucune raison de l'utiliser, les
chauffeurs font retentir leur klaxon simplement pour s'assurer qu'il
fonctionne bien et peut être utilisé en cas de besoin (imminent forcément).
Notre chauffeur (un homme brun et moustachu) a fixé à sa droite un morceau
de clavier Bontempi qui lui sert pour faire retentir son klaxon. Ainsi, tous
les jours, il fait ses gammes. L'intérêt mélodique de l'exercice est
cependant minime du fait qu'il n'y a que trois touches sur le clavier et que
ces trois touches produisent la même note. Mais notre mélomane ne semble pas
s'en lasser. Avec sa main gauche, il se bat avec le long levier de vitesse,
dont les mouvements font plus penser à une girouette ou une aiguille de
boussole. Au dessus de la tête du chauffeur, une rangée de 100
interrupteurs a du être installée pour une utilisation future (en gros, on
se croirait dans le vaisseau des frères Bogdanoff). En revanche, notre bus
ne semble pas équipé de clignotants mais le chauffeur arrête quelquefois de
klaxonner pour tendre son bras à droite. Son adjoint, qui fait payer les
passagers, se tient à l'arrière à gauche et peut donc faire office de
clignotant gauche.
Ce qui est plus inquiétant, c'est l'absence de représentation du dieu Ganesh
au dessus du tableau de bord. L'hindouisme est une religion très efficace
pour faire perdurer les inégalités héritées du passé. Mais elle s'adapte
aussi à notre époque en faisant beaucoup pour la sécurité routière. Ainsi,
la représentation de Ganesh, si possible entouré d'ampoules clignotantes et
de guirlandes de fleurs en plastique, permet de doubler dans les virages, en
haut d'une cote et sans visibilité, et cela en toute sécurité. Les cyclistes
et piétions n'en sont pas équipés. C'est pourquoi il leur arrive d'avoir des
problèmes avec des bus, dans les virages ou en haut des cotes.
On pensait le bus bondé ; en fait, il ne l'était pas. Une vingtaine
d'hommes, bruns et moustachus, monteront encore en cours de route.
Finalement, nous arriverons dans les temps à destination, malgré une légère
surchauffe du moteur ; mon voisin qui se tenait trop près du capot a vu
fondre la semelle de sa tongue ! A l'arrivée, profitant de la cohue-bohue,
le contrôleur ne nous rendra pas notre monnaie. On l'avait déjà remarqué en
Inde : il faut se méfier des hommes bruns et moustachus !
Le lendemain, nous avons pris un autre bus dans lequel semblait se tenir un
concours de pêche. Tout le long du parcours. Des gens sont montés avec des
thons de plus d'1m50 ! Les poissons voyageaient allongés, nous voyagions
debout.
Sur l'ensemble de notre voyage en Inde, nous avons privilégié les transports
de nuit, ce qui nous a permis de gagner beaucoup de temps. A chaque fois
que c'était possible, nous avons pris le train (classe sleeper). Au total,
250 heures de transport, 14 nuits de transport dont 9 en train.
HEBERGEMENT
Le pire côtoie le meilleur et ça n'est pas dépendant du prix. Pour une
chambre double avec salle de bain, il faut compter entre 100 et 400 roupies
(1 FF = 6,25 roupies). En moyenne, 200 roupies. Le sud de l'Inde est un peu
plus cher que le nord. Il faut emmener sa moustiquaire (surtout si comme
nous, vous n'avez pas de traitement anti-palu). Si vous n'aimez pas dormir
sans drap de dessus, prenez en un, ça n'est pas fourni. Dans la quasi-
totalité des hôtels (de cette tranche de prix), le sol est balayé
régulièrement, mais jamais passé à l'eau. Il a donc l'air propre mais ne
l'est pas. Les toilettes sont toujours dans la salle de bain et sont souvent
à la turque. Le tuyau d'évacuation du lavabo atterrit très souvent sur vos
pieds, ce qui permet de se laver les pieds au dentifrice quand on se rince
la bouche.
Une curiosité dans le sud : de très gros cafards marrons ou jaunes, de 5 a
10 cm. Ils ne sont pas méchants, on s'habitue. Ceux qui aiment faire la
chasse aux moustiques peuvent s'en donner a cur joie.
A
TABLE !
Qu'est-ce qu'on mange bien en Inde. C'est ce que l'on s'est dit souvent, alors pourtant que
l'on était dans des restaurants très simples. Les indiens utilisent une très grande variété
d'épices qui rendent succulents leurs plats les plus simples. La preuve, Ben a repris en 15 jours 5
des 3 kilos qu'elle avait perdus au Népal. Nous avons fréquenté le plus souvent des restaurants
pour petits budgets et n'avons donc pas pu goûter à toutes les spécialités. Dans les petites villes,
le choix est souvent limité. On trouve partout, même si c'est un plat originaire du sud, le thali. Il se
compose de divers curries de légumes, de condiments, de chapatis (mélange de farine et d'eau
cuit sur une plaque chauffante ou sur une grosse pierre dans un four), de riz et très souvent de
yaourt et d'un petit dessert. Le tout est servi dans de petits bols, sur un plat compartimenté ou
une feuille de bananier. Outre le chapati, on trouve de très bons pains. Le naan, cuit dans un
four en argile, est un régal quand il est fourré au fromage. Le paratha est un pain dont la pâte
contient du beurre clarifié et est tournée en spirale. C'est gras mais très bon, souvent fourré de
pommes de terre. Comme on mange avec les doigts. Le chapati ou le paratha servent à saisir les
curries.
Autre plat de base, le masala dosa se trouve partout et est délicieux. C'est une crêpe de farine
de lentille farcie de légumes épicés. Le dahl, soupe de lentille, est partout comme au Népal.
Après 4 mois de voyage, on sature un peu (selon Ben). Globalement, on a mangé assez
végétarien. Le sud est réputé plus végétarien que le nord, mais nous avons mangé plus de viande
dans le sud. Peut être parce qu'on y est allé dans des restaurants plus haut de gamme. On trouve
alors des poulets tandoori, tikka .
A Goa et dans le Kerala, on se laisse tenter par les poissons et crustacés, avec frites et salade.
Pour le petit déjeuner, vous pouvez manger indien : boulettes de riz servies avec une sauce au
yaourt épicée ou soupe de lentilles.
Sinon, vous pouvez vous rabattre sur les toasts-beurre-confiture, les salades de fruits au yaourt
et crêpes au fruit (miam). Le thé est servi avec du lait et sucré, le café pur assez infect est
délicieux avec du lait et sucre. Voilà pour un petit aperçu de ce que nous avons mangé pendant
deux mois en Inde.
Un conseil : avoir toujours sur soi un mouchoir car avec les épices, la goutte au nez n'est jamais
loin, surtout dans le sud.
RENCONTRES
Monsieur Désert est une célébrité au Rajasthan. Il tient une petite agence
qui organise des safaris à dos de chameau dans les environs de Jaisalmer.
Son histoire, il nous l'a racontée le premier soir du safari, au milieu des
dunes, autour du feu et sous les étoiles.
Il y a dix ans, Monsieur Désert n'était pas encore monsieur Désert. Il
conduisait chaque jour son vieux camion sur les routes défoncées de sa
région. Un jour, il décide de participer au premier concours de "beauté"
visant à élire l'homme le plus représentatif du Rajasthan : Monsieur Désert.
Ses plus beaux vêtements traditionnels sur le dos, avec un beau turban
coloré et la longue moustache frisée, il n'y a pas photo, c'est lui Monsieur
Désert. Il est quasiment élu à l'unanimité. Il faut dire qu'il en impose, il
a vraiment une tronche. Il a même un petit air de Travolta, ... tant qu'il ne
sourit pas.
Les premiers moments de gloire passés, Monsieur Désert repart sur les
routes, mais on lui dit que ce n'est pas un métier pour un homme qui doit
maintenant honorer son titre. Il pense un moment présenter TELE-FOOT avec
Miss France, mais décide finalement d'ouvrir une agence de safari-chameaux.
Il achète un petit local sous les remparts de Jaisalmer. Malheureusement, il
ne parle pas anglais et n'est pas du tout commerçant. Ce doit être un des
seuls indiens du Rajasthan à ne pas être un emm... de nature et à ne pas
harceler les touristes. Au fond de son local, il attend les clients en se
frisant la moustache, mais personne ne vient. En trois mois, il a un client !
Ça n'est pas suffisant pour vivre et Monsieur Désert voit fondre ses
économies. La deuxième année, il est à nouveau élu Monsieur Désert
triomphalement. Mais ses timides efforts commerciaux (se tenir devant
l'entrée de son local et non tout au fond derrière son bureau) restent
toujours sans résultat. Il commence à penser à l'après-faillite, mais un
jour son destin va basculer.
De célébrité régionale, Monsieur Desert va devenir une star nationale car un
photographe l'a remarqué et une agence de publicité a retenu sa photo pour
une campagne d'affichage pour une marque de cigarettes. Monsieur Désert se
voit présenter un contrat qu'il signe sans discuter car il a besoin d'argent.
Sa photo va être étalée sur les murs de tout le pays.
Sa renommée égale celles de Gandhi et Nehru réunis. Il exhibe l'affiche derrière son
bureau et des touristes le reconnaissent. C'est le début des affaires.
La troisième élection de Monsieur Désert n'est qu'une formalité pour lui. On
lui décerne le titre à vie et on lui interdit de participer de nouveau. Avec
lui, il n'y a pas de concours. Les touristes affluent de plus en plus, et
d'autres contrats publicitaires seront signés. Ainsi, Monsieur Desert
tournera des pubs télé pour une compagnie aérienne et même pour Coca-Cola !
Aujourd'hui, les affaires tournent. Monsieur Désert a toujours son petit
local mais il a pu acheter des chameaux et des 4x4 pour balader les
touristes.
En plus, Monsieur Désert a un grand cur. Il s'est occupé de l'éducation de
deux enfants, financé par un médecin suisse. Récemment, il a été invité par
ce dernier et a pu visiter la Suisse et la France. On l'imagine avec son
turban et sa longue moustache dans le TGV ! Il est revenu de son voyage avec
cette surprenante constatation : "on ne croirait pas, mais la France a une
culture et une longue histoire derrière elle."
ON
NE VOIT CA QU'ICI ...
- 1 milliard d'indiens
- 500 millions d'indiennes, mais comme dirait Patrick Juvet : "Où sont les femmes ?"
- 500 millions d'hommes bruns et moustachus
- des chiottes aussi cradingues (en attendant la Chine ?)
- de telles inégalités sociales, le système des castes, 60 % de femmes battues
mais qui trouvent ça normal
- une telle densité d'emm… (au Rajasthan et à Delhi)
- le plus grand ghetto du monde à Bombay
- des films aussi nuls
- les magnifiques monuments moghols
- le Taj Mahal
- les étonnantes sculptures érotiques de Khajurao
- le village de sculpteurs de Mamallapuram
- la grâce des indiennes dans leurs saris colorés (la classe !)